C’est ma rentrée !

Demain, c’est ma rentrée de prof. Disons que j’entame une démarche de reconversion professionnelle, en prenant une année sabbatique.

Rentrée: Nouvelle vie en Lozère
Rentrée: Nouvelle vie en Lozère

Origines

L’an dernier, à peu près à la même époque, je me suis lancée dans le bain de l’enseignement en acceptant de donner des cours de marketing/ étude de marché aux licences professionnelles du Lycée Notre Dame.

Monsieur Laut, le responsable avait contacté l’agence car il cherchait absolument quelqu’un à la rentrée. Je sentais déjà qu’il fallait que je tente d’autres univers professionnels, j’avais bien aimé les quelques interventions que j’avais faites, par-ci, par-là, auprès de scolaires pour leur présenter la création d’entreprise, alors je me suis dit « pourquoi pas, mais attention, faut pas que ça aille trop loin cette histoire ». J’étais un peu sur mes gardes, j’avais un peu la trouille car prendre toute une matière impliquait de gérer beaucoup d’inconnues : comment organiser mes séances ? Comment faire qu’elles s’enchainent de manière logique ? Comment maintenir mon audience en haleine ? Comment leur transmettre l’intérêt que représente la matière ?

En allant rencontrer Monsieur Laut, Monsieur Maur l’ancien professeur et Madame Bourg avec Clémence, j’avais un peu la boule au ventre. On a parlé du programme, qui incluait notamment les études quantitatives avec les analyses de base de données, les test de Khi 2 et autres réjouissances qui ne m’avaient pas intéressées dans le passé. Donc, grosse boule au ventre avec la perspective de devoir intéresser toute une classe sur ces notions là.

Assise à la table de réunion, les photocopies du powerpoint sur le Khi2 devant moi, M. Laut me fixe droit dans les yeux et me demande « alors, c’est bon pour vous ? ». J’ai la boule dans la gorge, mais quelque chose me fait répondre « oui, c’est okay ». Il n’y avait pas de précipice, il n’y avait pas d’élastique ni de parachute, mais ça m’a quand même fait la sensation de faire le grand saut.

Grand sourire de satisfaction de M. Laut, soulagé, qui a enfin trouvé tous ses intervenants. De mon côté, je me sens un peu étourdie, ne sachant pas trop quelles seront les conséquences de ce « oui ».

J’ai donc commencé à préparer mes cours, avec l’aide des manuels prêtés par M. Maur. Finalement, ceux-ci sont bien faits : j’identifie les chapitres qui concernent les études quantitatives, je rassemble les éléments que j’ai en tête, mes souvenirs que j’ai conservés moi-même de cette matière.

C’était à Montevideo, à la ORT, avec Euge (prononcer « éoré »), ma grande copine. Le prof s’appelait Hector, il avait lui-même travaillé dans un institut d’études marketing et avait plein de choses passionnantes à nous raconter. Il nous avait notamment fait faire notre propre étude, sur un projet fictif (un bar à vins) en nous enseignant la méthodo au fur et à mesure. Hector ne nous avait pas forcément parlé du Khi 2, mais nous avait appris à poser les bonnes questions pour bien cerner les attentes du consommateur. J’avais adoré, alors bingo, j’ai décidé de reprendre la même chose.

Premiers pas

Je ne saurais pas forcément vous raconter comment s’est déroulé mon premier cours. Mais je vais plutôt vous raconter comment se sont déroulés l’ensemble des cours. Avant chaque cours, je passait une ou deux après-midi à préparer, à recopier le manuel sur mon power point, à retravailler ma trame de séances, à retravailler mon énoncé de devoir final. J’ai adoré le fait que la classe soit d’effectif réduit, c’est à dire 12 étudiants, tous en apprentissage dans des entreprises aux tailles et aux activités différentes, ce qui constituait pour moi une formidable mine d’exemples sur lesquels rebondir et interpeler mes étudiants. Il y avait ceux qui participaient, posaient des questions et sur qui je m’appuyait pour faire vivre mon cours. Il y avait ceux qui ne disaient pas grand chose, les grand timides, mais qui étaient toute ouïe pendant tout le cours. Et il y avait ceux qui papotaient gentiement, qui n’avaient pas l’air intéressés, qui avaient même l’air paumés alors même que je n’avais pas encore commencé à présenter la nouvelle notion. Tout ce petit monde constituait un équilibre sympathique.

Avant mes cours, j’avais le traque ; pendant mes cours, j’étais à 100%, je faisais mon show sur la scène de la salle de ES001 ; et après mes cours, je quittais la salle pleine d’adrénaline, je redescendais au parking avec une sensation de satisfaction, le cœur léger. Je sentais que je me trouvais exactement là où j’étais faite pour être.

J’ai compris que j’aime voir les choses grandir, mais pas forcément les entreprises, plutôt les jeunes. J’aime leur donner envie, j’aime les motiver. J’aime le coaching et le développement personnel de manière générale. Un bon prof, ça te marque à vie et ça réussit à te faire aimer ce pour quoi tu n’es pas forcément doué à la base. C’est inspirant, ça me donne envie de rejoindre le club des bons profs.

Mon monde d’avant et mon monde d’après

Pendant le confinement, j’ai du préparer un cours de 4h sur les statistiques, et l’analyse de bases de données. Pour moi, c’était le point noir du programme, la difficulté à surmonter sans savoir comment.

J’ai rappelé M. Maur, mon prédecesseur, pour en discuter ensemble. Il m’a conseillé de ne pas me fatiguer avec le Khi2 et de plutôt me concentrer sur le basico-basique. On en est également venus à parler de l’enseignement. Je lui ai dit à quel point j’étais contente de m’être lancée dans cette aventure et il m’a raconté sa reconversion professionnelle : il bossait dans les assurances, et depuis qu’il était enseignant, il se sentait très épanoui, sans parler de la qualité de vie qui était considérable.

En cette période de confinement où je remettais en cause pas mal de choses, ses mots ont beaucoup résonné en moi. Un peu plus tard, j’ai téléphoné à mon parrain, qui est prof de maths au collège, pour qu’il m’aide à organiser ma séance et à présenter le basico-basique. Après avoir préparé un plan de cours ensemble, je lui ai demandé pourquoi, après avoir fait Centrale Paris, il avait décidé de devenir professeur de maths, et pourquoi, après avoir eu son agrég et autres concours, il avait décidé de rester dans son collège de ZEP de Limoges.

Il m’a répondu qu’en sortant d’école, il avait essayé de travailler dans l’industrie, sans vraiment s’y sentir à sa place et sans avoir de véritable vocation à faire une grande et belle carrière, comme mon grand-père. Il s’était rendu compte que finalement, il avait fait la prépa et concours plus pour le goût du challenge, de la compétition et parce qu’il avait adoré étudier des disciplines, comme les maths notamment, à très haut niveau. A la naissance de mon cousin, il voulait trouver un boulot stable, qui lui laisse du temps pour avoir une vie de famille. Il était lui-même d’une famille de profs, et c’est comme ça qu’il est devenu prof de maths.

Il m’a aussi raconté qu’il adorait donner des cours, être à 100% devant sa classe pendant 55 minutes, être le seul maitre à bord, avoir de l’indépendance dans la préparation de ses cours, choisir comment enseigner telle ou telle notion sans avoir de compte à rendre à personne, sauf de temps en temps, aux inspecteurs, qui finalement, apprécient les initiatives pédagogiques, tant que le programme est respecté.

Et toutes ces choses ont résonné en moi, j’ai eu mon déclic : j’avais le droit de devenir prof et de ne pas avoir envie de faire une grande carrière dans le privé. Désolée Papa Maman, mais là je dois essayer autre chose. J’en ai parlé à Dédé qui n’était pas ultra rassuré. On a convenu qu’on ne prendrait pas de risque démesuré et qu’a priori, on ne finirait pas à la rue avec notre petite Olili si je devenais prof.

Go, Nono, Go !

J’ai donc appelé différents établissements pour savoir comment candidater et devenir remplaçante. Ensuite j’ai envoyé mes candidatures à tous les établissements que j’avais en tête. D’abord en marketing, puis ensuite, YOLO, en Anglais, Espagnol, Maths et Histoire Géo, en m’appuyant sur mes années de prépa, mes années à l’étranger et tout ce que j’ai vécu qui me permettait de me sentir à l’aise dans ces matières.

J’ai été rappelée courant juin pour passer un entretien pour devenir prof remplaçante à l’académie de Montpellier, dans le public. C’était avec un inspecteur, qui m’a donné de bons conseils pour tenir ma classe. Il m’a expliqué que les postes à temps complet, sur un an, étaient donnés en priorité à des remplaçants plus anciens et que je risquais fort d’être appelée pour remplacer une semaine par-ci, une semaine par-là , à droite à gauche. Perspective plutôt maussade à mon goût, hors de question de quitter mon CDI pour une situation aussi précaire.

Et les planètes s’alignèrent

Je commençais donc à faire une croix sur mon projet de devenir enseignante pour la rentrée. Début juillet, une ou deux semaine plus tard, je me rends à un jury pour les licences professionnelles du lycée ND. Je retrouve Elodie la prof d’Anglais, et au moment du déjeuner, je raconte mes tentatives et mes candidatures qui n’avaient pas forcément abouties. « Ah mais tu fais des maths aussi ? Au collège ND, là où je travaille également, ma directrice cherche un prof de math à temps plein pour cette année. Elle a reçu pas mal de candidats mais à ma connaissance, elle n’a pas encore fait son choix ».

Elodie a donc parlé de moi à sa directrice, j’ai envoyé ma candidature et j’ai été rappelée quelques jours plus tard pour passer un entretien dans l’après-midi. J’avais d’autres projets et mon agenda n’était pas compatible avec les autres propositions de RDV. J’avais donc convenu avec Sophie la secrétaire que, tant pis, ce sera pour une autre fois. En raccrochant je me suis dit « Noémie, tu fuis là, tu le sais, tu peux parfaitement reporter tes plans de cette après-midi et y aller ». Alors, j’ai rappelé Sophie pour confirmer que si, finalement, je viendrai, et hop, j’y suis allée, accompagnée de l’éternelle Mimine, qui était chez nous pour quelques jours.

L’entretien s’est bien passé et j’ai eu le poste direct. La directrice m’a dit qu’elle aimait beaucoup former les jeunes profs et qu’elle voulait que ce soit moi. J’ai beaucoup aimé son côté direct, droit et carré, ainsi que sa bienveillance. Elle m’a donné elle aussi quelques conseils pour tenir ma classe.

J’ai contacté ma DRH et ma hiérarchie, ils ont accepté de me laisser prendre une année sabbatique. Ils ont été très arrangeants, ont mis en place un recrutement pour me remplacer pendant l’été. De mon côté, j’ai trié mes dossiers, j’ai préparé les choses de mon mieux pour que mon successeur ne se sente pas trop perdu en reprenant le suivi de dossiers qu’il n’avait pas monté lui-même.

Bref, that was meant to be.

Cette aprem, c’est jeu de piste avec les 6ème et demain matin, c’est mon premier cours avec mes 4ème. C’est the moment où il va falloir que je pose le cadre, explique la manière de fonctionner que j’ai décidé. Ca faisait quelques temps que ça ne m’était pas arrivé, mais j’ai de nouveau envie de vous raconter mes aventures ! A très vite !