« Pour faire le portrait d’un oiseau… » (Jacques Prévert)

En plein confinement, BFM fait la messe tous les 20h. On a le droit au bilan de la journée ; glacial.
Soit tu digères, soit tu prends l’apéro, mais après c’est pas facile d’embrayer sur une série Netflix, la réalité dépasse la fiction.
Ce qui est chic avec BFM et ses petites sœurs CNews et Franceinfo, c’est qu’il y a toujours un petit clin d’œil «bien vivre le confinement ». Un jour, j’ai entendu dire que dans les grandes villes, depuis le j+1 du confinement, les citadins commençaient à ré-entendre les oiseaux.
Ça m’a fait la même chose alors que, pourtant, j’habite la petite maison dans la prairie depuis quelques années ; la petite maison Deltour en Lozère, toute entourée de verdure, de cui-cuis et d’écureuils.


En Lozère, à force de se concentrer sur les stars oiseaux comme les vautours et les aigles royaux qui s’la pètent avec leurs tours de voltige sur les causses et sur les flancs de falaises dessinant les gorges du Tarn et de la Jonte, on oublie les p’tits moineaux qui fabriquent le fond sonore de nos journées.

Comme partout, quand on va travailler le matin, les oreilles comme le reste du corps et du cerveau sont sous hypnoses jusqu’à l’ouverture de la messagerie web du travail. Donc, aigle royal ou moineau, ils peuvent gueuler dans nos oreilles, t’entendras rien ! Même dans une vie en Lozère, on vit dans une version routine en automate.

Et puis un jour, il y a une pandémie mondiale et on dit aux automates : «Restez chez vous ».

Rester chez soi, c’est casser les automatismes. Le réveil, plus besoin, on a les oiseaux. Enfin je parle pas de ces personnes admirables qui travaillent dans les hôpitaux, les supermarchés, les éboueurs, les collectivités, les Ehpad, les aides à domiciles, ceux qui gardent leurs enfants, ceux qui font les contrôles, enfin tous ceux qui mettent un réveil pour nous.
Je parle des autres ; ceux qui n’ont qu’une seule chose importante et essentielle à faire aujourd’hui : rester chez soi ; parce que chacun son rôle. Penser à être à l’heure pour l’école des enfants et pour son travail, plus besoin, tout se passe chez soi. Le tupperware du midi ? Plus besoin. Est-ce que j’ai assez d’essence ? Plus besoin. Est-ce que j’ai préparé le dossier pour le rendez-vous du jour ? Annulé. L’ordre de rester chez soi fait reset (d’ailleurs, c’est un homonyme). On réinitialise la machine : nouveaux paramètres, nouvelle configuration, nouvelles fonctions.

Enquête Pic noir ouverte à tous, c’est en ce moment et c’est « easy »!

Ça va faire 3 ans que j’entends un espèce de tambourinage tous les matin près de ma maison. A chaque fois, je me dis que ça doit être le volet vieillissant de la maison voisine, un portail qui s’ouvre rigolo ou encore un moulin à vent de fabrication maison avec une pince à linge coincée dedans. Il a fallut attendre l’ordre de rester chez moi pour qu’enfin je fasse le rapprochement avec un pic vert. Ou un pic noir. Enfin un pic. C’est certain que c’est un pic. Même qu’une fois, j’en ai entendu deux.

On va dire que c’est un pic noir, parce qu’en ce moment, le pic noir fait parler de lui, on en fait l’inventaire, comme les boîtes de conserve à Inter. Quand il est en pleine action, c’est une vraie mitraillette. Grimpeur professionnel, il creuse des trous pour sa famille, pour chopper les insectes, et quand il est parti vers de nouveaux arbres à trouer, les chouettes, les rongeurs et les abeilles squattent ses niches : c’est l’abbé pierre des oiseaux. Abbé Pierre punk, vêtu de noir avec une calotte rouge sur la tête.

 

Je ne sais pas si c’est l’ambiance Covid ou si c’est la saison mais les corbeaux se font bien entendre eux aussi. Quand je les entends je pense au croque mort dans Lucky Luke.
Pour être précis, ceux que je vois de mon jardin c’est le corbeau, la corneille et le crave à bec rouge.
A part leur image morbide, ils ont la réputation d’être des oiseaux très intelligents. C’est l’élite intellectuelle des oiseaux. Ils sont empathiques, ils se font des blagues : « tu veux voler ma nourriture ? Ok, regarde, je la mets par ici…et une heure plus tard : et non, je l’ai changé d’endroit ! », ils fabriquent des outils comme des espèces de pinces pour aller chercher les tréfonds des entrailles de leurs proies ; ou bien ils veulent ouvrir des noix en les mettant sur la route et en attendant qu’une voiture passe.

Évidemment, il y a les p’tites mésanges bleues qui viennent aguicher les bad boys corbeaux et pic-noirs, bien qu’elles soient réputées pour leur monogamie et leur anti-féminisme : les femmes au nid avec les petits oisillons. Elles font un truc super utile aussi : elles sont barmaid.

Extrait wikipédia tout à fait intéressant :

« Selon des observations dans les années 1920 au sud de Londres, des mésanges bleues et charbonnières ont trouvé une technique pour ouvrir les capsules de métal des bouteilles de lait déposées le matin sur le perron des maisons anglaises. Cette technique s’est rapidement répandue dans toute l’Angleterre, au point que les ornithologues ont pu parler d’apprentissage culturel. L’éthologiste Louis Lefebvre met en évidence que cette transmission culturelle est plus rapide sans imitation, l’oiseau déduisant la technique à adopter juste en observant une bouteille déjà décapsulée. »

Mignonnes, barmaid et intelligentes : que demander de plus ?

On entend le coucou, on pense à la chanson qu’on connaît tous, très poétique, toute mignonne et qui annonce le printemps, et on ne devine pas que le coucou pose ses œufs dans le nid des autres, se barre, et quand le bébé coucou né, il dégage les autres œufs de ses parents adoptifs et prend toute la nourriture qu’ils lui ramène. Parce que la maman coucou fait en sorte que l’œuf qu’elle pond éclose 24 à 48 heures avant les autres, une vraie calculatrice. Donc, dès la naissance, le coucou à l’instinct de tuer pour sa survie.

 

 

 

Et puis on a le cincle plongeur. C’est notre manchot à nous. Il peut marcher sous l’eau pour trouver de quoi faire le déjeuner. Comme il ne vole pas très haut, il accompagne souvent mes trajets en voiture entre causses et gorges du Tarn.

Il y en a un tas d’autres, comme des moineaux, des bergeronnettes, des hirondelles, etc, etc, etc…mais le confinement promet d’être long, mes oreilles auront tout le temps d’identifier ces autres employés de la multinationale Dame nature.
Encore une fois, à rester chez soi en jouant aux apprentis ornithologues, une université vivante est à notre disposition entre les corbeaux intellectuels empathiques et jouant au bluff, les pics noirs qui creusent des trous aux sans-abris, les mésanges qui ouvrent des capsules de bouteilles, le cincle-plongeur qui pêche en technicien hors-pair de l’apnée et le coucou qui…ne parlons pas du coucou ; et restons chez nous:)

Et chez vous ? Quels oiseaux avez-vous enfin entendus ou redécouverts ? Est-ce que d’autres animaux s’invitent dans votre quotidien ?