Des débuts déboussolants

« Mais qu’est-ce que vous êtes partis faire là-bas ? »

On a débarqué en Lozère en 2016, mon mari André et moi. J’avais trouvé mon premier poste à Mende après avoir passé 7 mois au Brésil. André, lui, n’arrivait pas « en Lozère » : il arrivait carrément « en France ». Tout un programme !

La Lozère, pour moi, c’est le territoire de mes ancêtres, j’ai un nom de famille « du coin » et ça m’a donné l’impression de me reconnecter à mes origines. C’est un territoire extrêmement rural, isolé et atypique.

Premièrement, personne ne sait où il se trouve.

Moi-même, je ne le connaissais pas vraiment : la Lozère pour moi, c’était La Canourgue, l’Urugne qui court partout, la Vierge, Roque-Prins, le cimetière, le marché du mardi matin, l’Aubrac pour l’aligot et les Gorges du Tarn pour la baignade et le canoé. Je n’avais jamais entendu parler de la Margeride et je n’avais jamais mis les pieds dans les Cévennes, ni sur le Mont Lozère.

J’avais passé mes vacances d’été de toute petite jusqu’à pré-ado avec mes grands-parents, ensuite c’était un week-end à la Toussaint, ou un pont de mai. Bref, toujours de courtes périodes, même si j’adorais ça : la nature, l’odeur des vaches, le super fromage, la super charcutaille, la super fouace, l’eau qui court partout, les grandes prairies, les bois, l’odeur de la végétation, l’odeur de l’humidité la nuit.

Ma famille (enfin, surtout ma grand-mère) a quelques connaissances, mais surtout des personnes agées et nos voisins. Bref, je connaissais personne à part les voisins. Donc en arrivant, j’avais l’impression que j’arrivais en terre familière, mais en fait, pas du tout.

Avant, une vie urbaine à 100 à l’heure

Je n’avais jamais vécu en milieu rural. J’avais grandi en région parisienne, j’avais vécu à Toulouse, Madrid, Barcelone, Winnipeg, Vila Velha, Montevideo… aux quatre coins de la planète ou presque, j’avais rencontré des cultures très différentes, appris à communiquer avec elles en parlant leur langue, j’avais essayé de vivre à leur rythme le mieux possible (même si la Touche Française ressurgissait toujours à un moment ou à un autre). Mais tous ces séjours s’étaient passés dans une atmosphère urbaine, citadine, avec plusieurs centaines de milliers d’habitants autour de moi, des magasins partout, des bus, du traffic, des blancs, des noirs, des indigènes… A chaque nouveau pays, j’avais l’impression de découvrir une nouvelle culture, mais au final, j’avais autour de moi certains repères.
J’évoluais dans des environnements avec des gens supers extravertis : rien de plus bavard qu’un commercial, rien de plus exubérant et démonstratif qu’un Espagnol ou un Sud-Américain. D’autre part, mon mode de vie restait le même : urbain, enivrant, à 100 à l’heure. Une frénésie perpétuelle, typique des grandes villes, qui te nourrit, te remplit, t’occupe l’esprit, te stimule de partout : les bruits, les belles vitrines, les gens bien fringués, les odeurs de bouffe et de pots d’échappement. C’est fatiguant, ça fait râler, mais au final, on y est habitué et on aime bien. « On aime bien » ? Que dalle ! On adore !

Ca fait quoi de débarquer en Lozère ?

En arrivant à Mende, par un printemps gris, froid et interminable, j’ai découvert le milieu rural. Son rythme plus lent. L’absence de magasins branchés où sortent les dernières tendances. Une sensation de vide complètement angoissante. Ses petits vieux. Ses gens calmes, qui sont heureux dans un lieu assez isolé, dans leur vie associative. Ils se connaissent tous (« Tiens, c’est le frère d’une copine/ le cousin d’un voisin/ la nièce du prof de gym/… il travaille dans telle boite »), ils ont l’air entre eux. Ils sont mille fois plus aimables qu’en ville, ils sont tous adorables, mais ils ont déjà leur vie.
C’est un tout petit monde, alors j’avais la boule au ventre à chaque fois que j’allais au supermarché : j’avais une trouille immense de croiser quelqu’un du boulot, c’était fini l’anonymat. Il n’y a pas beaucoup de jeunes de notre âge, de jeunes diplômés, de « JCD » Jeunes Cadres Dynamiques comme on dit en rigolant avec les copains d’école de commerce. Par ailleurs, la vue de notre studio donnait sur le Causse de Mende. Ca donnait l’impression d’un grand mur. Ca donnait l’impression d’être enfermés, loins, seuls au milieu de nulle part.

Bref, quand nous sommes arrivés en Lozère, je suis vraiment sortie de mon cercle de confort. Je ne m’attendais pas à vivre un tel choc.

« On va pas rester là, c’est temporaire, on repart dès que possible » : c’est ce qu’on se répétait tous les jours ou presque pendant 6 mois.

Et malgré tout… !!!

Pourtant, un jour, on a fini par rencontrer des copains, par trouver les coins où ramasser des chataignes, par faire de magnifiques randonnées à travers la Lozère. Les magasins branchés et les odeurs de pots d’échappement ne nous manquaient plus. Regarder le  Causse de Mende me rassurait.  On s’est mis à vivre comme « les locaux », tout en continuant de vivre à 100 à l’heure et on a aimé ça. A un moment, j’ai eu l’opportunité d’aller bosser à Montpellier et c’est là qu’on a compris qu’on avait de la chance de vivre dans un endroit pareil et qu’on a décidé de rester « pour de bon ».

Vivre ici, c’est opter pour un mode de vie. Et pour moi, le mode de vie lozérien, c’est. En écrivant dans ce blog, je souhaite vous raconter et vous décrire avec mes mots et avec mon ressenti ce qui fait que j’aime vivre en Lozère.

 

2 réflexions sur “ Des débuts déboussolants ”

  • 5 février 2019 à 0 h 28 min
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    Ouah ! Super 😍
    Je n’imaginais pas que ça avait été si dur au début, pour toi qui était presque d’ici… 😉

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  • 12 février 2019 à 9 h 19 min
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    Ah quel bon moment j’ai passé à lire tout cela. Plusieurs fois je me suis pris à rire , c’est frais , c’est drôle et tellement détendu. Merci .

    Réponse

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